Keep Writing

 Keep Writing
Bienvenue dans ma deuxième bulle...



Peut-être certains d'entre vous me connaissent déjà pour avoir écrit Heiliig-th d'autres alors ignorent tout de moi.
Dans le fond, qui je suis importe peu, car aujourd'hui c'est de elle dont je souhaite vous raconter l'histoire.



Vous êtes prets? Un, deux, trois...


Fermez les yeux, et laissez-vous sombrer...



"Be careful what you wish for 'cause you just might get it"


Si seulement elle avait su...


Une nouvelle histoire débute alors qu'une autre s'achève. C'est reparti.

Love You.
C*


Les photos illustrant mes chapitres sont inédites et prises par Mérédith

# Posté le vendredi 21 novembre 2008 19:04

Modifié le lundi 24 novembre 2008 18:03

Hell's Way

Hell's Way


Après avoir touché le sommet désormais elle touche le fond.
Du paradis à l'enfer. Du succès à l'oubli. Du rire aux larmes.
De l'épanouissement à l'autodestruction.
Du statut d'étoiles à celui de poussière.
Du conte de fée au cauchemar.
Ils lui ont brûlés les ailes, jamais elle ne leur pardonnera...



Elle, Ludivine. Une jeune fille de quinze ans innocente, naïve et déterminée.
Quinze années qu'elle se passionne pour la musique, cet univers qui alimente ses rêves les plus fous. Elle possède un véritable talent Ludivine. Auteur, compositeur et interprète de son groupe ; groupe dont elle est le leader.
Cette musique qu'elle crée et pour laquelle elle vit.
Elle est belle Ludivine, peut-être même trop belle.
Des yeux en amandes d'un bleu si intense et profond. Il est si facile de se perdre dans son regard, regard qui en hypnotise plus d'un.
Des cheveux bruns mi-longs, légèrement bouclés aux pointes et cette mèche lui barrant subtilement l'½il droit.
Une bouche pulpeuse faisant la moue. Des lèvres charnues et si belles qu'on a envie d'y goûter. Un sourire amusé et mystérieux à la fois.
Un nez aquilin. Une peau pâle tellement douce au touché.
Tout en elle les émerveille. Tant de grâce et de classe émanent d'elle. Elle, la petite star de la ville.
Tous la connaissent pour sa gentillesse, sa beauté, son humour et son talent. Candeur hypnotisante, beauté envoûtante.
Tous savent que ce groupe ira loin mais nul ne pouvait prévoir.
Un jour sa route croise la leur, peut-être cela n'aurait-il jamais dû arriver...


G.o.o.d G.i.r.l G.o.n.e B.a.d



Aujourd'hui Ludivine est morte pour donner naissance à Angie.
Ce pseudonyme elle le hait tout comme eux. Selon eux cela sonnait mieux pour une Rock star, Angie.
Aujourd'hui elle a dix-sept ans. Deux ans qu'elle est entre leurs mains, qu'ils la manipulent. Elle les croyait capable de réaliser son rêve, elle y croyait dur comme fer la petite Ludivine mais elle s'est trompée. A la place ils l'ont précipitée en enfer.
Ils étaient pourtant convaincants au début avec leur contrat et leurs belles paroles. Album, concerts, interviews. Le groupe enchaînait les concerts, dépassait les frontières.
La gloire, le succès ; ils étaient si heureux. Enfin leur talent était reconnu.
Mais depuis plusieurs mois seul l'argent les intéresse. Les souhaits du groupe, ils s'en foutent. Le succès s'est envolé, leur rêve s'est brisé en mille morceaux. Depuis elle sombre. Alcool, drogue, sexe tout est bon pour oublier le mal qu'ils lui ont affligé.
De Ludivine il ne reste plus rien si ce n'est un corps sans vie. Une traînée voilà ce qu'elle est devenue.
Beauté et naïveté l'ont trahie.
Ils lui ont brûlé les ailes, jamais elle ne leur pardonnera...

Il n'est pas toujours bon de réaliser ses rêves. Il vaut parfois mieux les mettre au placard ou les enterrer au fond du jardin...

# Posté le vendredi 21 novembre 2008 19:44

Modifié le mardi 25 novembre 2008 16:46

* Prologue...

* Prologue...
" Il aura suffit d'une seconde. Une fausse note, des mots écorchés, des paroles perdues dans le néant, un pas de travers... Une seconde pour un univers qui s'effondre."



__________Les cris de la foule s'estompent petit à petit, plongeant la salle dans un silence quasi insolant. Celui-ci n'a pas lieu d'exister. Cela ne devrait jamais se passer ainsi. Ces milliers de visages se figent à mesure que redescend leur euphorie. Certains osent un regard subreptice vers leur voisin alors que d'autres ne peuvent s'empêcher d'observer le massacre qui se déroule à l'instant sous leurs yeux. Leur expression se transforme à mesure que les secondes passent, hésitant entre cette ironie caractérisant le genre humain ou la compassion. Ils fixent la scène sans ciller alors qu'un léger sourire s'étire déjà sur leurs lèvres, balayant la compassion comme si elle n'avait jamais existé. Ils sont alertes, vifs attendant le prochain faux pas.

Et là, un peu plus loin, sur cette scène qu'elle chérit tant elle devient subitement spectatrice de son propre show. Son rêve part en fumée, l'asphyxiant au passage. Minute après minute tout s'efface. Mais elle ne bouge pas, son corps se fige, paralysé par la peur. Les projecteurs l'aveuglent soudainement alors que perle déjà une sueur au goût de honte à la frontière de son front. Ce silence lui transperce les tympans alors que leurs regards suspicieux la blessent à chaque fois un peu plus. Ses mains sont si moites qu'elles dérapent contre le cuir de son pantalon moulant à souhait. Tous ces vêtements l'enserrent à cet instant si fort, ils l'emprisonnent dans ce rôle qu'elle n'est pas. Le micro, ordinairement son allié, devient à présent son ennemi juré. Elle se sent infiniment petite face à lui, le traitre. Ses cordes vocales se referment à mesure que sa respiration se bloque. Le sang afflue à travers son corps, son c½ur s'affole. Silence oppressant.

Où se sont donc envolés les cris des minutes précédentes ?


Où sont passées ces mains, tendues vers elle dans l'espoir de l'effleurer ne serait-ce qu'une seconde ?


Elle déglutit avec peine, son regard se tournant vers ceux que la presse nomme ses « acolytes de toujours». Foutaises. Elle quémande le soutient, à la place elle rencontre le vide. Car ils ont déjà déserté, battu en retraite, fui, abandonné la lutte ou le combat appelez cela comme bon vous semble ! Elle est seule face à ce public. Seule contre tous. Ces fans devenus badauds qui participent à sa perte définitive. Game over, la partie est finie. Elle vient de signer pour une descente aux enfers. Elle perçoit chacun de ses muscles se paralyser sous l'effet de l'humiliation. Sa vue se trouble, ses lèvres s'assèchent. Les mots lui font défaut. Ils buttent contre ses lèvres mais refusent de sortir. Les enfoirés ! Sa tête lui tourne tant, au même rythme que les paroles tourbillonnent dans son esprit avec désordre et incohérence. Tout cela n'a plus de sens.
L'unique représentation qu'elle est capable de leur offrir ce soir est sa descente aux enfers. C'est comme si elle était aspirée dans un trou noir, un gouffre sans fond. Tomber sans jamais parvenir à se raccrocher aux parois, sombrer et voir disparaitre tout ce que l'on pensait acquis. L'Enfer. Hell's way. Un goût amer envahit sa bouche, dans le fond peut-être ce nom de groupe était-il prémonitoire.
Elle ferme les yeux, priant pour que tout cela ne soit qu'un horrible cauchemar. Elle voudrait se réveiller et chanter devant ces milliers de spectateurs. Leur balancer cette musique qu'elle crée, leur communiquer son énergie et son amour de la scène. Mais lorsque ouvre les yeux tout est pareil. Il faut croire que l'on a choisi de presser la touche pause du film de sa vie. Enfoncer la lame dans la plaie jusqu'à ce qu'elle crève de douleur .

Soudain un bruit résonne dans cette salle emplie d'un silence qui n'était, à la base, pas convié. Ses traits se détendent légèrement, un faible sourire naît déjà à la base de ses lèvres. Mais ses sens lui mentent et tentent vainement de la protéger des intentions de cette gamine au troisième rang. Une lueur d'espoir brille déjà au plus profond de ses yeux. Un deuxième cri et ses sourcils se froncent. Cette faible étincelle étouffe déjà pour disparaitre complètement. Son estomac se noue, la nausée grimpe en elle. Son armure déjà si fragile se fissure. Un troisième cri et tout éclate. Sans défense . Ses barrières tombent alors qu'ils lui envoient tout leur dégout en pleine figure. Ils lui crachent leur incompréhension et leur déception. Le scandale est imminent, ils le flairent tels des carnassiers avides de chair fraiche . Des vampires buveurs de sang, il s'apprêtent à lui ôter son âme. La scène et l'unique sentiment de vie que cela lui procurait. Le dernier dans cette sombre ruelle qu'est devenue son existence. Cul de sac, la voilà coincée et prisonnière. A présent tous la huent, jouissant de sa faiblesse. Muse adulée par tous elle devient un vulgaire pantin. Elle recule lentement, s'éloignant ainsi du bord de la scène. Un vertige inexplicable prend possession d'elle, souffrant de ce vide qui l'aspire à l'instant. Un saut périlleux vers le néant.
Un flash lui agresse soudainement les yeux. Le scandale la brûle au troisième degré à mesure que crépitent des centaines de points lumineux, capturant la future image choc.

Elle s'enfuit. Quitte cette scène, son seul refuge et unique havre de paix. Elle se précipite en coulisses, rejoindre ses gens n'ayant aucune considération pour elle. Elle hurle tous ces mots qu'elle n'a pas su leur livrer ce soir. Peut-être en a-t-elle trop pris avant de monter sur scène ? Elle lui avait pourtant juré qu'un rail supplémentaire ne pourrait que la stimuler davantage ce soir. Leur donner un concert inoubliable. Encore plus que hier et avant-hier si cela est possible.
Cette nuit où tout a basculé, où le scandale a pris le pas sur le talent. Voyage sans retour. Ses frasques et déboires alimenteront désormais les torchons, enterrant définitivement ses prestations. Ce soir, elle vient d'assister à son enterrement.

Le lendemain, cela fera les gros titres :

« Du rêve au cauchemar... Angie, chanteuse et leader du groupe phénomène Hell's way massacre leur concert à Hannover... »




" Il aura suffit d'une seconde. Une fausse note, des mots écorchés, des paroles perdues dans le néant, un pas de travers... Une seconde pour un univers qui s'effondre."


Bienvenue en enfer, mon ange.*





_________________________

Alors voilà. Le prologue est posé. Qui? Quand? Où? Pourquoi? Toutes ces questions... Son histoire. Un début un peu mystérieux j'en conviens, tout semble si confus. Aucune précision, juste sa descente vers les abysses. Une introduction dans son enfer personnel.
Je vous avoue avoir un peu peur... Peur de ne plus répondre à vos attentes. De vous décevoir. De votre réaction. Mais j'ai osé.
S'il vous plait, donnez moi vos commentaires constructifs, j'en ai extrêmement besoin pour la suite. Etre sûre que cette histoire vous plait est essentiel =D

Sur ce, à bientôt pour le chapitre premier!

C*

# Posté le mardi 25 novembre 2008 16:14

Modifié le mardi 25 novembre 2008 16:28

* Petite fille sage...

* Petite fille sage...
" Angie, mon Angie. "



__________La fête bat son plein cette nuit. Alcool, drogue et sexe sont réunis en cette soirée pour faire de cette after une à graver dans les annales. Pour tous, sauf pour elle car tout cela l'ennuie à présent. Lassitude grandissante, la routine s'installe progressivement et un beau jour elle nous gifle de plein fouet. Elle est resplendissante cette nuit, comme d'habitude. Car sa beauté surnaturelle appartient à cette routine qu'il est difficile de briser. Assise en retrait sur le dossier de ce fauteuil en cuir noir, elle scrute la salle et observe les différents invités. Un par un elle les détaille avec ses yeux d'un bleu indescriptible, en déstabilisant bon nombre d'entre eux. Sa robe de haute couture lui enserre habilement la taille, accentuant ainsi sa finesse tandis que son bustier fait ressortir sa poitrine. Ses cheveux redressés en un chignon négligé laissent apparaitre son cou, dévoilant par la même occasion une partie de son dos. Un maquillage léger mais qui veille cependant à mettre en valeur ses lèvres si particulières. Et puis la longueur de la robe, calculée avec précision : au dessus du genou, laissant entrevoir la naissance des cuisses mais veillant tout de même à ne pas dévoiler plus qu'il ne le faut. Classe mais aguicheur sans pour autant verser dans la provocation, l'art d'être remarquée sans pour autant se démarquer. Elle maitrise tout cela à la perfection, depuis le temps.

Elle porte ses lèvres à son verre de champagne, y déposant une fine trace de rouge à lèvres et boit une gorgée tout en poursuivant son inspection. Au loin elle l'entrevoit se frotter délibérément à un homme probablement beaucoup plus âgé qu'elle, un léger sourire se dessine sur son visage ; pari gagné. Elle essaie de faire abstraction de ces regards posés sur elle, lui renvoyant les images de ce concert qu'elle se force à effacer de sa mémoire. Ce jour où tout a définitivement basculé, elle prie chaque jour pour qu'il n'ait existé. Mais la réalité est telle qu'elle est, et ils sont présents chaque jour pour la lui rappeler. Une migraine la gagne peu à peu tant ces souvenirs sont douloureux. Une boule se forme au fond de sa gorge alors elle aphone la coupe de champagne et plonge la main dans sa petit sac afin d'en ressortir son paquet de Marlboro. Elle amène la clope près de ses lèvres avant de constater que le briquet a disparu. Un regard à gauche, puis à droite et elle agrippe ce jeune homme qui passe devant elle. Il fait volte face, surpris d'être empoigné de la sorte avant de rencontrer son regard. Elle lui sourit, bien trop consciente de l'effet qu'elle lui fait déjà. Lui n'est pas mal, elle doit l'avouer. Ses cheveux bruns et probablement lissés donnent à son visage une forme unique. Son gabarri est imposant mais rassurant à la fois. Ses yeux bruns, banals en comparaison avec les siens, lui renvoient un sentiment de surprise. Cela la surprend et la réconforte à la fois, peut-être ignore-t-il qui elle est...

-« T'as du feu ? »
-« Je dois avoir cela. »


Il glisse sa main dans la poche arrière de son jeans avant d'en extraire un petit briquet rouge vif. Il le lui tend et s'apprête à repartir lorsque pour une raison qui lui échappe complètement elle engage la conversation avec cette inconnu.

-« Suis-je la seule à m'emmerder ? »
-« Non, je trouve l'ambiance particulièrement pourrie ce soir. »
-« Nous sommes d'accord. Enfin mon manager a exigé ma présence ici, pour l'image parait-il alors... »
-« Evidemment, si le manager s'en mêle. »


Il lève les yeux au ciel avec amusement et lui adresse un faible sourire. Un silence s'installe entre eux, elle en profite pour allumer sa clope avant d'aspirer une longue bouffée. Elle perçoit déjà les effets de la nicotine en elle, calmant momentanément le mal de tête imminent. Lui l'observe sans rien dire. Elle recrache la fumée dans les airs avec sensualité avant de porter à nouveau son attention sur lui, comblant ainsi ce silence qu'elle ne peut plus supporter. Ceux-ci l'oppressent à présent.

-« Et tu es ? »
-« Georg Listing. »
-« Ce nom ne m'est pas inconnu... »
-« Tokio Hotel. Je suis le bassiste. »
-« Exact, le nouveau phénomène allemand qui s'accapare le c½ur des adolescentes. Je vais t'avouer que je n'ai jamais pris la peine d'écouter votre musique. »
-« Tu as au moins la sincérité de l'admettre. »
-« Sincérité ou alors le culot. »


Il fronce les sourcils, cherchant l'ambiguïté dans ces mots d'apparence si simple. Elle tire une énième bouffée mais sent cependant un manque tout autre l'envahir progressivement. Ses membres s'engourdissent légèrement à mesure que son rythme cardiaque s'accélère. Une extrême nervosité émane déjà d'elle, témoignant de son état intérieur. Et déjà les tremblement surgissent. Ils s'attaquent d'abord au bout de ses doigts avant de remonter le long de sa main puis de son bras. D'un geste sûrement trop brusque que pour paraître naturel elle frappe la dossier du fauteuil, geste bien trop naïf que pour croire qu'il puisse apaiser ces soubresauts se faisant à présent plus violents. Elle lutte avec force mais déjà la sueur luit sur son visage aux traits parfaits. Sa mâchoire se crispe, le manque la ravage littéralement. Elle se racle péniblement la gorge, avalant avec difficulté.
Il perçoit directement son changement de comportement mais préfère passer outre par politesse. Ou bien par pure facilité. Car cela est toujours plus simple d'ignorer les problèmes des autres. Il détourne un instant les yeux, et porte son attention ailleurs. Son regard se pose sur cette jeune fille éméchée qui se trémousse contre un homme probablement beaucoup plus âgé qu'elle. Il lui donne seize ans tout au plus et pourtant son épais maquillage et ce décolleté vertigineux laissent croire qu'elle en a dix neuf. Elle se frotte contre lui avec férocité et sensualité à la fois, c'en est déroutant. Il secoue la tête avant de se concentrer à nouveau sur la jeune fille lui faisant face. Ses mains sont fermement accrochées au fauteuil, ses ongles s'enfonçant profondément dans le cuir luxueux.

-« Et toi, qui es-tu ? »
-« Qui je suis, cela n'a pas vraiment d'importance. »
-« Ne fais pas ta timide. On va jouer aux devinettes, tu me guides et me dis si je brûle. »
-« Si tu as du temps à perdre, dans ce cas... »
-« Tu es dans le milieu ? »
-« Perspicace. »
-« Mannequin. »
-« Tu m'insultes là. J'ai une gueule de potiche anorexique ? »
-« Tu es juste très belle. Musique alors ? »
-« Je préfère ça. »
-« Musicienne ? »
-« Pas seulement. »
-« Ouaw tu as de multiples talents en plus. »
-« N'est-ce-pas. »
-« Donc chanteuse ? »
-« A ce qu'il paraît. »
-« Auteur ? »
-« Et compositeur en partie. »
-« Votre nom ? »


Son c½ur bat à tout rompre contre sa poitrine. Elle sent les jointures de ses mains craquer tant elle poigne fort dans le canapé. Elle refuse de prononcer ce nom qu'elle a salit il y a de ça quelques semaines. Ce nom qui lui remémore leurs espoirs puérils et la dure réalité des faits. Il y a des histoires qu'il est préférable de ne jamais raconter, celle-là en fait partie. Elle déglutit, le manque est omniprésent ; elle ne va plus pouvoir tenir longtemps. Son regard se porte au loin, vers ce renfoncement dans le mur menant aux toilettes. Le calcul s'effectue rapidement dans sa tête, quarante mètres. Quarante mètres à parcourir avant d'apaiser ce manque qui la ronge de toutes parts. Elle inspire profondément et se redresse déjà avant de poser les yeux sur son interlocuteur. Elle lui sourit mystérieusement, camouflant son mal être jusqu'au bout. Elle lui adresse un clin d'½il avant de s'enfoncer dans cette masse indistincte de célébrités en tous genres.

-« Attends ! Tu n'as pas répondu. » Un rire cristallin s'élève dans la salle. Elle fait la moue, mimant la déception.
-« Notre nom ? Il va falloir chercher. Ca serait trop facile, sinon. »

Elle lui tourne définitivement le dos et se précipite vers les toilettes, bousculant les gens au passage sans jamais s'excuser. Elle est une star après tout. Dans sa hâte elle pousse un jeune homme aux cheveux dreadés et renverse le contenu de son verre sur ses vêtements de marque bien trop larges. Des insultes fusent mais elle n'y prête guerre attention. Elle ouvre la porte à la volée, s'engouffre dans une des cabines avant de s'enfermer à double tours. Une fois à l'intérieur elle déverse le contenu de son sac au sol, cherchant après ce petit sachet de poudre blanche. Les tremblements qui l'agitent sont à ce point violents qu'ils l'empêchent presque de saisir ce dernier. Seulement, lorsqu'elle le saisit enfin, la constatation est inévitable. Des larmes de rage humectent ses yeux, il n'en reste plus assez. Mais l'envie est trop forte, le manque dévastateur. Elle sort l'une de ses nombreuses cartes de crédit de son portefeuille afin de constituer le rail, une paille avant d'aspirer fortement cette faible quantité de cocaïne dans son organisme. Elle renifle longuement afin d'en saisir les moindres particules puis, forcée de constater qu'il n'en reste plus rien, se laisse tomber au sol. L'effet est immédiat. Elle a l'impression de planer tant c'est bon. Elle ferme les yeux pour savourer pleinement et sent sa respiration se réguler, les sueurs froides se dissiper. Mais cela est cependant insuffisant. Il lui en faut plus pour se satisfaire complètement. Elle ramène ses genoux contre son torse et reste ainsi plusieurs minutes, à réfléchir. Le sachet vide au sol la nargue toujours un peu plus, lui rappelant le manque dans le fond encore ancré en elle.

Finalement, elle tâte le carrelage froid et saisit son portable pour y composer rapidement un texto ' T'es où ?'. La réponse suit rapidement ' Dans l'espace Vip a deux doigts de me faire sauter par un beau mâle'. Elle rit. Rire amère, empli d'une tristesse profonde qu'elle se fout de masquer vu la situation. ' Tente de contrôler ses pulsions encore quelques petites minutes, j'arrive.'
Elle se relève et ramasse ses affaires éparpillées. Une dernière fois elle observe son reflet dans le miroir, s'assurant qu'aucun résidu de poudre ne la trahisse aux yeux de tous. Elle réajuste son bustier, remet une mèche rebelle en place et sort comme si de rien n'était. Une odeur nauséabonde baigne la pièce, la musique lui agresse les oreilles à mesure qu'elle se fraye un passage pour rejoindre l'espace Vip. Un sourire par-ci, une salutation par-là ; oui l'hypocrisie lui va tellement bien.
Elle grimpe une à une les marches de l'escalier et pénètre dans l'espace privé. Nul ne s'aperçoit de son entrée, tous sont bien trop occupés à discuter, boire, fumer, négocier ou flirter ; selon. Elle scrute la pièce lorsque ses yeux se posent enfin sur elle, vautrée sur cet homme à l'embrasser langoureusement. Elle s'avance vers eux, ne se préoccupant nullement de les déranger et se racle bruyamment la gorge.

-« Je dérange ? »Son ton sarcastique ne la déstabilise pas, elle se détache du mystérieux inconnu avant de l'interroger du regard.
-« Je ne vais pas te mentir alors oui, tu déranges. »
-« Peu importe, j'ai besoin de te parler. »
-« Ca ne peut pas attendre ? »
-« Non Mérédith, j'ai besoin de te parler. Maintenant. Et en privé. »


Elle appuie sur ses derniers mots tout en lançant un regard sous-entendu à l'homme couché sous son amie. Celui-ci hausse les sourcils, nullement intimidé par cette gamine de dix ans au moins sa cadette.

-« Une partouze, ça te tente ? »
-« Ce que tu peux être pathétique quand tu veux ! »


Elle lui empoigne fermement le bras et l'attire à l'écart, à l'abri des regards indiscrets. Mérédith soupire, lasse de son attitude.

-« Un problème Angie ? »
-« J'ai besoin que tu m'en passes un petit peu, il ne m'en reste plus assez et je n'ai pas su me faire un rail complet. »
-« En manque si je comprends bien. »
-« Ouais. »
-« J'en ai tout juste suffisamment pour tenir la nuit... »
-« Oh s'il te plait ne me fais pas un coup pareil ! »
-« Et pourquoi tu n'en as pas pris avant la cérémonie de remise ? Tu avais tout le temps et la came nécessaires. »
-« Ton connard de père ne m'en a pas laissé l'occasion. Il désirait mettre les choses au point. »


Oui, vous avez bien lu. Mérédith n'est autre que la fille de son très cher manager. Homme qu'elle hait par-dessus tout mais dont elle a, dans le fond, tant besoin pour survivre. Il suffit d'un mot, d'un geste et elle est à la porte. Un contrat est si vite rompu. Alors elle tente de satisfaire ses souhaits quant au groupe et continue de créer cette musique qui lui ressemble si peu. Enfin elle y parvenait, avant. Car aujourd'hui tout cela tourne au désastre et part en fumée. Cependant il faut faire bonne figure, sauver la face en se présentant aux différentes émissions, after et remises de prix ; histoire que le public, à défaut d'oublier la musique, n'oublie pas leurs visages.
Elle est perdue, tout comme Mérédith. Fille d'un père constamment absent, ayant pour unique amour la compensation financière et le luxe. Mérédith, une enfant pourrie gâtée mais dans le fond tellement seule et malheureuse. Comme le dit le proverbe, qui se ressemblent s'assemblent, elles se sont trouvées. Désormais elles sont seules et désemparées ensemble, et elles noient cette solitude dans la connerie et la débauche ensemble.

Nous avons tous besoin d'une épaule sur laquelle se reposer, elles ne font pas exception à la règle.


Mérédith lève les yeux au ciel avant de rétorquer.

-« A propos de mon connard de père comme tu dis, je te conseille d'être prudente. »
-« Tu pourrais être plus explicite ? »
-« Evite d'être arrogante, exigeante et peste pour le moment, j'ai surpris une conversation entre lui et le directeur de la maison de disque et ils ont une idée derrière la tête. »
-« Quelle genre d'idée ? »
-« La rentabilisation. Vous ne vendez plus suffisamment Angie, encore quelques mois comme ça et tu vois votre contrat se briser. Visiblement ils cherchent un moyen de se faire du fric sur votre dos jusqu'au bout, et selon moi ils l'ont trouvé. »


Ses sourcils se froncent à l'entente de ces mots. Cela lui glace le sang, lui démolit le c½ur. Comme si celui-ci n'était pas déjà assez brisé. Les larmes humectent petit à petit ses yeux alors que la peur lui noue bientôt l'estomac.
Elle souhaiterait s'éclater la gueule contre l'asphalte glacée tant ces mots sont douloureux à entendre.

-« Briser le contrat ? »
-« Pas dans l'immédiat. Ne te tracasse pas avec ça tu... »
-« Que je ne me tracasse pas ?! Tu te fous de ma gueule Mérédith ? Qu'est-ce-que je deviens si mon contrat est rompu avec la maison de disque ? Je n'ai plus rien ! Plus de famille, plus d'amis, plus de repères ! Toute mon existence est passée dans ce groupe qui aujourd'hui tombe en ruines ! Alors si on me retire ce contrat je crève ! »
-« T'énerver sur moi n'arrangera pas la situation ! »
-« Où est Raphael ? »
-« Je l'ignore et pour tout t'avouer je n'en ai rien à foutre de où se trouve mon frère. »


Elles se toisent longuement, leur fierté surdimensionnée refusant de perdre le combat. Elles se balancent en pleine figure toute cette haine qu'elles éprouvent pour leur propre personne, comme si la renvoyer à l'autre pouvait apaiser cette souffrance intérieure. Ca cogne dans la tête d'Angie, si fort qu'elle en a la nausée. Colère, dégout, déception, ranc½ur et manque. Le manque plus que tout. Il pulse dans ses veines, empoisonnant son sang comme du venin mortel. Ses pupilles se dilatent bientôt, témoignant de son état.

-« Tu fais pitié à voir Angie. »
-« Va te faire foutre. »
-« C'est ce que je m'apprêtais à faire, si tu n'étais pas venue pleurnicher à mes pieds. »


Elle ne prend pas la peine de répliquer, tourne les talons et s'enfuit loin de cet espace Vip. Elle se rue à travers la foule, dévisageant tout qui ose se mettre sur son chemin. Ses yeux scrutent la salle, la scannent, l'analysent mais ne le trouvent pas. Elle fulmine à présent. Les larmes dévalent ses joues sans même qu'elle s'en aperçoive. Ses yeux s'attardent sur un podium au dessus duquel se déhanchent une dizaine de filles dénudées. Un rictus s'étire bientôt sur ses lèvres pour des raisons qu'elle ignore . Mais au point où elle en est, plus rien ne l'apeure. Elle nage en plein c½ur de la folie, elle baigne dans sa déraison. Alors quitte à se noyer... Elle se dirige vers le podium qu'elle escalade avec souplesse. Et elle se déhanche, suivant le rythme de la musique qui l'entraine doucement. Elle balance la tête, dénouant son chignon de manière à ce que ses cheveux virevoltent tout autour d'elle. Elle rit faiblement alors que les larmes se font un peu plus discrètes. D'ici elle peut observer la salle comme bon lui semble, tous leurs visages hypocrites s'offrant à elle. Soudain elle l'entrevoit, dos à elle, assis dans un fauteuil à discuter avec une fille aux formes généreuses. Ses joues s'empourprent à cette vue, la jalousie venant s'ajouter au manque omniprésent.
Mais alors qu'elle s'apprête à descendre de son perchoir deux mains se posent sur ses hanches tandis qu'un corps tout transpirant se colle à son bassin. Et déjà des lèvres dévorent son cou, un faible râle soufflant contre sa peau. Un frisson de dégout la parcourt, elle se dégage avec force et saute au sol afin de s'échapper de l'étreinte de cet inconnu. Elle trébuche, le choc la déstabilisant mais deux mains l'encerclent soudainement et l'empêchent ainsi de s'étaler contre le carrelage froid. Elle lève les yeux pour rencontrer un visage soucieux et calme. Un jeune homme aux cheveux courts et blonds, aux yeux légèrement arrondis et verts l'attire vers lui avec délicatesse. Une lueur d'espièglerie traverse son regard alors qu'un faible sourire éclaire son visage, effaçant temporairement son petit air bougon.

-« Attention mademoiselle. »
-« Pardon... et merci. »


Pour unique réponse il visse un peu plus sa casquette sur sa tête avant de disparaître. Elle le regarde s'éloigner, perplexe avant de laisser ses pas la guider instinctivement vers lui. D'un geste tremblant elle tapote son épaule, et supplie ce dieu auquel elle a définitivement cessé de croire de lui venir en aide.
Au bout de plusieurs secondes qui semblent avoir duré une éternité il fait enfin volte face. Cependant le jeune homme qui, à cet instant, la dévisage ne lui ressemble en rien. Ses traits sont si fins, si androgynes. Ses cheveux si noirs. Son maquillage si charbonneux. Ses yeux si bruns. Elle émet un mouvement de recul, surprise.

-« Raphael ? »
-« J'ai une tête à m'appeler Raphael ? »


La réponse semble à ce point évidente qu'elle juge inutile de préciser. Alors à la place elle s'en va, elle ramasse ses affaires et quitte cette soirée et ces personnalités dont elle exècre la présence. Son chauffeur est là, garé non loin de l'entrée principale. Elle accourt vers le véhicule afin d'éviter les journalistes et paparazzis et s'y engouffre précipitamment.

-« Pourquoi mademoiselle n'a-t-elle pas attendu que j'arrive ? »
-« Je sais marcher Fabian. C'est probablement une des seules choses dont je sois encore capable mais mes jambes fonctionnent encore. »
-« Dans ce cas. Où désirez-vous vous rendre à présent ? »
-« Chez moi. Je veux juste rentrer chez moi. »




Ellipse de une heure.


Elle insère les clefs dans la serrure , provoquant ainsi ce cliquetis distinct et pénètre enfin dans son havre de paix. Bien qu'elle y soit toujours seule la sensation d'être bien l'habite uniquement entre ces quatre murs. Tout comme le sentiment d'exister. Car ici elle joue comme bon lui semble. Nul ne peut lui ôter ce plaisir que lui procure cet union avec son piano, sa basse ou encore sa guitare. Nul ne peut contester sa voix lorsqu'elle chante ces paroles qu'elle a écrites de sa plume. Nul ne peut juger ses mots. Ici, elle a simplement l'impression de rendre hommage à son petit groupe de Halle, celui pour lequel elle a respiré des années durant.
Elle déambule dans l'appartement, passant d'une pièce à l'autre sans jamais vraiment s'y attarder. Ses pensées vagabondent au même rythme que ses pas foulent le parquet usé. Elle ouvre finalement une porte, généralement close, et s'engouffre à l'intérieur de la pièce. Son ventre se noue alors que les souvenirs affluent en masse. Ici se trouvent exposés leurs multiples prix et trophées gagnés au cours de ces deux années. Leurs récompenses, leur fiertés entreposées dans cette espace. Elle longe les murs et contemple chacun de ces prix comme si elle les redécouvrait.

Après tout, peut-être témoignent-ils d'une époque déjà révolue, un passé déjà lointain.


Un sourire triste s'étire sur ses lèvres lorsque ses doigts effleurent doucement leur tout premier prix, une énième larme dévale sa joue sur laquelle les traces de maquillage résident encore. Un léger soupire s'échappe faiblement de ses lèvres alors qu'elle s'agenouille au sol. Les minutes s'écoulent lentement, les souvenirs quant à eux déferlent à un rythme infernal. Et ca fait mal.
Un bruit l'arrache soudainement à ses pensées, elle sursaute et accourt déjà dans le couloir ; refermant la porte sur ces moments bien trop douloureux. Elle ouvre avant de se figer. Ses membres se paralysent alors que sa respiration se bloque.

-« Qu'est-ce-que tu fais ici ? »
-« Ma chère petite s½ur m'a dit que tu me cherchais. »


Il entre, se fichant pertinemment de savoir si oui ou non il y est autorisé.

-« En effet mais je... »
-« Alors, que puis-je pour toi ? »


Son c½ur bat à tout rompre au creux de sa poitrine. Il plonge son regard dans le sien, bien trop conscient de l'effet que cela aura sur elle. Ses genoux s'entrechoquent avec une telle force, si bien qu'elle s'interroge sur la raison de cette agitation. Le manque. Oui, mais lequel. Il encercle son visage de ses grandes mains, et caresse faiblement sa joue.

-« Tes pupilles sont explosées ma belle. »
-« J'ai... j'ai besoin que tu m'en donnes. »
-« J'ai cru comprendre. »
-« Tu en as ? »
-« Cela dépend. »
-« De quoi ? »
-« De toi. »


Un sourire étrange se dessine sur ses lèvres à mesure qu'il les rapproche des siennes. Il souffle sur son visage, provoquant une réaction de frissons chez Angie. Elle lutte intérieurement pour maîtriser ces réactions, un faible gémissement s'échappant de sa gorge. Leurs lèvres s'effleurent à présent, il jouit de la situation tant il la sait faible et à sa merci. Il l'embrasse furtivement avant de s'écarter et mettre ainsi un distance raisonnable entre leurs deux corps.

-« Il va falloir être coopérative cette nuit... »
-« Raphael s'il te plait je n'en peux plus, je suis en manque, s'il te plait. »
-« Angie, mon Angie. Moi aussi je suis en manque, mais pas de cocaïne. »


Il empoigne ses poignets avant de la plaquer au mur, dégrafant déjà sa robe d'un geste brusque. Elle se laisse faire, ravagée intérieurement par cette lutte sans fin. Sa tête lui hurle de fuir mais le c½ur a ses raisons que la raison ignore, alors elle reste et subit ses envies comme un vulgaire pantin. Dominée et détruite.
Elle et lui, ces substances auxquelles elle n'aurait jamais dû goûter.


Petite fille sage ayant vu ta vie devenir un carnage, ferme les yeux aussi fort que tu peux, dis-toi qu'au lever du soleil tout ira mieux...*




_________________________


Boum, boum, boum fait mon coeur. Tellement je crains vo réaction. Deuxième mise à nu, bienvenue dans mon côté obscur. J'espère que cela vous plait. Je m'excuse pour le temps qu'il m'aura fallu afin de poster mais j'ai été en examens. Pas de temps, donc.
Qu'en dites-vous? Le personnage vous plait? Et Mérédith?
Et Raphael? Drôle de personnage qu'est Raphael...

Selon vous, comment va se dérouler cette histoire?
Et vous remarquerez l'introduction discrète des quatre garçons dans ce chapitre :)

Ca aurait été avec plaisir que je vous aurais hurlé MERCI pour vos précédents commentaires mais je suis aphone et je m'exprime par feuilles depuis deux jours. Merci quand même x)

C*

# Posté le jeudi 18 décembre 2008 13:51

Modifié le vendredi 19 décembre 2008 12:26

* C'est pour la petite bourgeoisie qui boit du champagne...

* C'est pour la petite bourgeoisie qui boit du champagne...
" Shaking their ass like they just don't care. Bitches. "



__________Elle marche, ses talons claquent contre le macadam brûlant de ce mois de juillet. Elle se faufile entre les passants, évitant de bousculer les vieillards ou de renverser les enfants. Furtivement ses yeux se posent sur sa montre, lui rappelant un peu plus son retard. Elle presse le pas puis se résigne, à quoi bon... Les mots qu'il emploiera pour la remettre à sa place seront, eux identiques. Qu'elle arrive cinq petites minutes ou deux heures en retard. Un sourire triste s'étire sur ses lèvres à cette pensée. Certains l'observent discrètement, oui il se demandent probablement si cette jeune fille au coin de la rue est bel et bien la chanteuse du groupe phénomène faisant la une des magazines... Et bien oui, monsieur madame ou encore mademoiselle, il s'agit bien d'Angie. Mais vous ne pourriez la reconnaitre car l'image que vous en avez est à ce point surfaite et faussée. Avec ce jeans légèrement trop large pour ses jambes, ce pull noir déformé et ces cheveux en bataille virevoltant au vent, non, vous vous y méprendriez...

Elle poursuit sa route, fixant le sol pour ne pas croiser leurs regards dubitatifs. Elle voudrait changer de peau certains jours, se fondre dans la masse et respirer l'air sans avoir trop peur de relever la tête mais non, elle est Angie. Et il faudra bien qu'elle s'y fasse, un jour.
Elle s'engouffre à l'intérieur du bâtiment face à elle, et longe les murs comme pour s'y fondre et disparaitre temporairement, le temps que la tempête passe. Car elle sait que les minutes à venir s'annoncent orageuses. Elle prie silencieusement pour que le temps s'arrête, que surgisse entre ses mains une télécommande lui permettant d'appuyer sur la touche pause mais rien n'y fait, elle pose ses doigts sur le métal glacé de la clinche et ouvre la porte du studio... La réaction est immédiate, les mots sont à ce point violents qu'elle pourrait presque jurer les entendre siffler au creux de son oreille.

-« C'est à cette heure-ci que tu arrives ? »
-« La politesse souhaite que l'on commence par bonjour Dan. »
-« Je me contrefous des politesses, tu as deux heures de retard. »
-« Et quelle excuse vas-tu nous servir aujourd'hui ? Réveil cassé ? Trop bu ? Trop fumé ? Trop défoncée peut-être ?! »
Elle ricane, s'appuie contre le mur et le toise.
-« Mon corps a simplement oublié de se réveiller. Car je suis fatiguée... » Ce dernier mot, prononcé avec lassitude, résonne dans la pièce. Il n'y prête pas attention, seule la rentabilité l'intéresse, dans le fond.
-« Et moi je suis fatigué de tes caprices de star que tu n'es pas ! Alors tu m'écoutes attentivement, cet album je l'exige prêt et bouclé pour fin août ! Sinon tu peux dire adieux aux strass et paillettes, je te renvoie vite fait dans ta bourgade ! Tu m'as compris Angie, arrête de jouer et travaille ! »

Il est furieux. Il lui balance ces invectives à la gueule avant de quitter le studio, en prenant soin de claquer la porte pour renforcer la puissance de ses paroles. Elle feint la supériorité et la décontraction, ce masque lui colle à ce point à la peau qu'elle s'en accoutume à présent. Elle salue les quelques personnes présentes et prend place sur une des nombreuses chaises encerclant la table. Le silence est, malheureusement, de courte durée... Bien vite, tous trois se ruent autour d'elle ; de leur pilier et point de repère. Angie, leader des Hell's way. Ils ne sont que de vulgaires moutons qui suivent la marche et se contentent d'acquiescer quand il faut. Ni plus, ni moins ; rien que ça.

Si elle tient à eux ? Oui, à sa façon. Tout était si différent entre eux quatre, avant. Avant tout ça, cette connerie de succès et de célébrité ayant réduit leur amitié en miettes et propulsé leur petit groupe régional au top mondial. Aujourd'hui ils sont juste apeurés et se reposent tant bien que mal sur les épaules frêles d'Angie, lui brisant quelques os au passage. Elle les observe tour à tour, désolée pour eux. Car son charisme la protège et lui offre un prétendu bouclier contre les charognes du milieu, mais eux... musiciens sans réel talent juste doués à exécuter ces mélodies qu'elle créée de toutes pièces, eux ils sont faibles.
Elle s'étire longuement avant de soupirer.

-« Bien dormi ? »
-« Tu as des textes ? Angie, tu as des textes n'est-ce-pas ? »
Aaron, prétendu guitariste, la supplie du regard.
-« Non Aaron. »
-« Mais à quoi tu joues ?! Tu sais que tu mets le groupe en péril ! »
-« Et bien, écris donc Mathias ! Ecris, compose, crée, innove putain ! Fais ce que je me tue à faire depuis deux ans, sois un artiste. Un vrai. »
Elle défie le batteur du regard, le fixant sans jamais ciller. Il cède le premier, comme toujours et part se rasseoir.
-« On est dans la merde Angie. Dan est à bout... On a absolument rien, tout juste deux-trois ébauches de textes et des semblants de mélodies. Pas de quoi mixer un album de douze titres, et on doit être impérativement prêt pour fin août sinon... » Il n'ose achever sa phrase alors, comme d'habitude, elle s'en charge.
-« Sinon c'est la porte et le contrat est rompu. »

Aucun d'eux ne dit mot. Qu'ajouter de toute façon ? Car cela ne pourrait être plus claire... Deux mois pour parvenir à l'impossible. Mais elle reste de marbre face à cette situation, tout cela a cessé de l'effrayer il y a déjà si longtemps. Alors elle se lève avec nonchalance et se dirige vers la porte, fuyant comme elle seule sait si bien le faire. Car son masque est réversible, lui permettant de simuler l'indifférence ou de feindre la confiance, selon. Ils l'observent se défiler, habitués et impuissants. Elle sent leurs yeux brûlants se poser sur elle mais choisit d'en faire abstraction, à la place elle se précipite hors du bâtiment. Elle court, elle court pour échapper à son quotidien qui la rattrape cependant.

________Tu es piégée Angie.

__________Ne cherche pas d'issue, contente toi d'avancer et d'esquiver les obstacles du mieux que tu peux.

Elle se laisse glisser contre le mur de briques, blessant légèrement son dos au passage. Ses membres percutent le béton dans un bruit sourd, elle étend les jambes loin devant elle, s'amusant des plis difformes que prennent son pantalon. Elle plonge sa main dans sa poche de devant et fouille afin d'en extraire son paquet de cigarettes. Un briquet et déjà elle allume sa cinquième de la journée... Elle aspire longuement et s'amuse de la fumée se dissipant dans l'atmosphère, libre comme l'air. Elle s'extasie de ce phénomène de longues minutes, oubliant ses innombrables tracas l'espace d'un instant lorsque des bruits de pas se font entendre non loin d'elle. Tout près, juste à côté. Elle lève les yeux pour rencontrer ce regard si particulier, Dylan. Un faible sourire se dessine sur ses lèvres et déjà il prend place à ses côtés. Le silence perdure, si bien qu'il en devient oppressant. Elle étouffe, elle a besoin d'entendre sa voix pour se raccrocher à un semblant de réalité...

-« Je t'en supplie, dis quelque chose... » Sa voix n'est qu'un faible murmure, l'angoisse lui obstruant les cordes vocales.
-« Mais quoi ? Je suis conscient que cela n'est pas entièrement de ta faute, excuse-les, mais je ne te cacherai pas qu'on se trouve dans une situation inconfortable. »
-« Pas entièrement, cela signifie que j'ai quand même une part de responsabilité dans cette merde... »
-« Je ne vais pas prétendre le contraire Angie, cela fait des mois que tu n'as plus écrit aucun texte. »
-« J'y arrive plus Dylan. Les mots mes font défaut, c'est comme si j'avais perdu toutes mes facultés d'écriture... »
Sa voix se brise, elle retient un sanglot et détourne le visage afin qu'il ne s'aperçoive de son mal être. Sauver les apparences, en dépit du reste.
-« Je ne vais certainement pas te blâmer, nous nous sentons tous les trois plus inutiles qu'autre chose depuis de nombreux mois... »
-« Qu'est-ce qui nous est arrivé ? »
-« Comment ça ? »
-« Mais putain Dylan ce n'est plus nous tout ça ! Cette merde ne nous ressemble pas ! Où sont passés notre amitié, notre dynamisme et notre motivation ? Tu sais ce qui m'empêche d'écrire ? Toutes ces questions, pourquoi ? Comment ? Quand ? Et les réponses m'échappent complètement... »


Le silence reprend ses droits, tous deux sont absorbés par l'agitation de la rue qui les entourent. Ces gens, vivant leur propre vie et qui ignorent tout de leurs problèmes... Problèmes ? Que dis-je, ce mot est bien trop faible. Car comment qualifier une situation où l'on vous menace de tout vous ôter du jour au lendemain ? En l'espace d'une seconde tout ce que vous considériez comme acquis vous est volé sans autre forme de procès... Vous, comment qualifieriez-vous cela ? Elle a beau retourner la question dans tous les sens, à nouveau, la réponse lui échappe. Lui est face à un autre problème, d'envergure différente mais existentiel pour autant... Comment lui avouer ? Comment ne serait-ce qu'oser ? Sa respiration se brusque soudainement, le malaise l'envahit progressivement ; non, il ne peut pas. Cela lui semble à ce point inimaginable qu'elle décide de lui faciliter la tâche, car elle a déjà tout compris.

-« Allez Dylan, dis-le ! » Il sursaute, arraché à ses pensées.
-« Que je te dise quoi ? »
-« Mais ça vous brûle les lèvres à tous les trois, vous vous noyez dans vos reproches si bien que j'ai presque pitié de vous. Alors, sois honnête et soulage toi la conscience, que je serve au moins à quelque chose ! »
-« Mais quoi Angie ? Tu veux que je te raconte la vérité ? Que celle qui nous a foutu dans toute cette merde n'est autre que toi car oui, tu as changé. Je ne te reconnais plus, on ne te reconnait plus ! Où est donc passée notre Angie motivée et enjouée qui vivait de la musique et qui ne se souciait de rien d'autre mis à part l'accomplissement de ses rêves ? Elle est là, la véritable question. Aujourd'hui mis à part te saouler, te droguer et te faire baiser par l'autre crétin, dis-moi quels sont tes objectifs ? Tu n'écris plus rien depuis des mois car cela fait bien longtemps que tu ne songes plus à l'avenir du groupe ! Ce nous n'existe plus à tes yeux, tu es devenue une pauvre égoïste et égocentrique bouffée par le milieu et le pire, c'est que je ne parviens même pas à t'en vouloir. Mais nous Angie, si tout s'arrête on s'en sortira alors que toi... toi ta réputation est salie et détruite. Regarde ce qu'ils ont fait de toi, une vulgaire poupée. Et ce me fait tellement mal de te voir dans cet état, si tu savais... »


Un éclat de rire résonne dans la ville. Il est nerveux, saccadé ; violent. Elle rit à s'en déchirer les poumons, elle rit pour dissimuler la blessure qu'il vient de lui affliger par ces simples paroles. Elle rit pour ne pas verser de larmes. Elle rit pour se convaincre que tout cela ne la blesse aucunement. Elle rit car son personnage lui ordonne de rire, alors qu'au fond elle hurle de douleur. Il n'y a que la vérité qui blesse, Angie...
Elle se lève et se campe devant lui, profitant de sa supériorité momentanée pour le dévisager avec toute la condescendance dont elle peut faire preuve. Un rictus s'étire sur ses lèvres, elle s'apprête à tourner les talons puis se ravise.

-« Dans ce cas, Angie va retourner chez elle afin de s'habiller, se maquiller et se coiffer car ce soir elle doit être présente à une cérémonie d'after show pour sauver l'image de ce groupe qu'elle a elle-même coulé. Bien évidemment elle se prendra un petit rail de coke pour que la présence de tous ces connards du show-business lui soit moins insupportable et elle terminera la soirée à se faire baiser comme une chienne par ce mec qu'elle aime pour oublier à quel point la journée a pu être décevante. Mais cette nuit, j'aurai une pensée pour vous, bien au chaud dans votre lit a prier pour que super Angie ramène des textes le lendemain ! Le succès ça se mérite ! Tu veux du succès Dylan et bien devient une pute ! Tu verras... on s'habitue très rapidement à la simulation... »

Et sur ces dernières paroles elle fait volte face et se noie dans la masse, disparaissant en moins de temps qu'il ne faut pour le dire, et le laisse seul avec pour seule compagnie l'écho de ces phrases assassines. Il soupire, las et découragé alors qu'elle soupire pour évacuer toute sa rage contre lui, contre eux, et contre sa propre personne. Il secoue nerveusement la tête, afin d'y voir plus claire, alors qu'elle secoue la tête afin de chasser ce souvenir qui envahit progressivement son esprit : celui d'un petit groupe à ses débuts, chantant au fond d'une cave et croyant dur comme fer à cet avenir brillant déjà tracé... Cupidité destructrice, elle essuie d'un geste rageur les larmes qui perlent à ses yeux et presse le pas. Bientôt, elle court à travers les rues de Berlin, comme dans l'espoir de semer ce passé qui la rattrape, cette échéance bien trop proche dans le futur. Tous deux se confondent horriblement avec le présent, alors elle court. S'il vous plait, ne lui dites pas que cela ne sert à rien, laissez la y croire l'espace de quelques minutes... Le présent revient toujours au galop, de toute façon, alors laissez la courir. Cours, Angie ! Plus vite, encore et toujours plus vite ! Jusqu'à en perdre la faculté de respirer s'il le faut... Mais cours, quoi qu'il arrive.


Ellipse de huit heures, 22heures.

La musique résonne tout autour d'elle, elle perçoit chacune de ses vibrations contre sa peau dénudée. Des centaines de personnes se déchainent sur la piste de danse, se déhanchent et s'agglutinent les uns près des autres dans un corps à corps assez étroit tandis qu'elle les observe avec un profond dégoût. Elle ne se mêle pas à eux, jamais. Calfeutrée dans son espace Vip, elle préfère apprécier la soirée de son sofa. Ou du moins, faire semblant car toute cette mascarade l'énerve tellement. Machinalement elle porte le verre de champagne à ses lèvres et boit avec cette grâce qui fait d'elle une véritable princesse aux yeux de tous, petite poupée que l'on adule mais que l'on critique dès qu'elle a le dos tourné.
Car la poupée s'est abimée, et ils jouissent de sa déchéance ; ses remplaçantes accourent déjà pour lui voler son trône, vous les entendez ? Rire avec méchanceté de ce mal qui la ronge ? Elle n'y prête plus attention.

L'homme lui faisant face se racle la gorge, bien trop conscient de sa transparence face à Angie, elle occulte sa présence et le laisse parler dans le vide depuis bientôt dix minutes. Elle tourne enfin la tête vers lui et lui adresse un regard blasé, que fait-il là ? Pourquoi donc ne lui foutons nous pas la paix ! Son regard parcourt la pièce, à la recherche d'une prétendue excuse pour s'échapper, lorsqu'il se pose sur un jeune homme en pleine discussion avec une femme aux cheveux noirs corbeaux. Ce jeune homme. Un large sourire satisfait s'étire sur ses lèvres alors qu'elle marche à pas pressés dans sa direction. Plusieurs sifflements admiratifs lui parviennent, mais elle n'y prête pas attention. Il faut avouer qu'elle est belle Angie cette nuit, peut-être même plus que toutes les nuits précédentes. Et cela n'échappe pas au jeune homme vers qui elle se dirige, car sans même s'en rendre compte il fixe cet ange sombre, comme s'il était ébloui par le charisme que dégage Angie. Cela n'échappe pas à son interlocuteur, si bien qu'il se retourne afin de, lui aussi, se délecter de la beauté de la créature avançant dans leur direction. Il hausse les sourcils, impressionné et laisse échapper un rictus ; oui, elle est enviable n'est-ce-pas ?
Ils ne perçoivent cependant pas son mouvement de recul, bien trop absorbés dans leur contemplation. Elle dévisage l'androgyne, l'analysant dans les moindres détails, essayant de savoir s'il est davantage homme ou femme. Mais lui, la reconnait directement. Il sait tout de elle et de cette réputation qui lui colle à la peau, et il compte s'en amuser. Car cette soirée est à ce point minable qu'elle tombe au bon moment pour s'amuser un tant soit peu.

Elle les rejoint finalement et sourit sincèrement au bassiste se tenant devant elle, ignorant ainsi le regard appuyé du garçon à sa droite. Elle perçoit chacune de ses remarques silencieuses, il pense si fort qu'elle a l'impression d'être assourdie par cet amas de questions. Mais elle lutte, elle refuse de se laisser impressionner par cette graine de star ! Elle fronce les sourcils et concentre son attention sur tout ce qui l'entoure, tout sauf lui et ses sous-entendus blessants et grotesques. L'ambiance est glaciale, cet affront silencieux dure. Un sourire méprisant se dessine sur les lèvres de l'androgyne, car ce jeux l'amuse plus que tout. Il la fixe sans bouger et attend qu'elle craque, comme un compte à rebours muet ; elle n'en a plus pour très longtemps.
Et elle cède, là tout de suite. Elle tourne violemment la tête et affronte enfin son regard mesquin.

-« Hell's way. »
-« Je sais. Comment l'ignorer en même temps ? »


Et par cette simple remarque, il l'achève. Il touche au but et la démolit un peu plus, comme ils le font tous depuis ce fameux jour où tout a définitivement basculé. Son c½ur s'affole, en une simple phrase il est parvenu à mettre en pièces ces barricades qu'elle avait dressé avec tant de difficultés. Mais elle ne laisse pas tomber le masque pour autant, elle lui renvoie ses sarcasmes en pleine gueule et réplique avec assurance.

-« Nous sommes à ce point talentueux ? »
-« Si tu estimes que la baise est un talent, alors oui. »


Elle voudrait le remettre à sa place mais n'y parvient pas. Une boule se forme déjà au fond de sa gorge à mesure que les larmes envahissent ses yeux bleus. Elle tourne les talons et se précipite vers le bar, pour s'affaler sur un tabouret. Elle laisse tomber sa tête entre ses mains afin de reprendre un tant soit peu de contenance. Sa respiration est à ce point saccadée qu'elle peine à respirer, l'oxygène butte contre ses poumons ; elle a mal. Aussi bien physiquement que mentalement.

-« Deux vodkas s'il vous plait. »

Elle sursaute et se retourne pour rencontrer deux yeux verts, témoignant d'une compassion qu'elle exècre. Elle lui signale son refus d'un geste désinvolte et s'apprête à partir lorsqu'il la retient par le bras.

-« Ne fais pas attention à Bill, il est de mauvaise humeur ce soir... »
-« Je me contrefous éperdument de Bill. Ce n'est pas un petit merdeux dans son genre qui va m'atteindre. »
-« Dans ce cas. Hell's way donc, ta tête ne m'était donc pas inconnue l'autre soir... »
-« J'aime faire durer le suspense. »
-« Il me semble oui. Tu es donc... Angie ? »
-« Je vois que tu es bien renseigné. »


Le serveur met fin à leur conversation en déposant deux verres sous leur nez, elle empoigne le sien et aphone son contenu amère, se foutant royalement de l'effet néfaste qu'aura cet alcool mélangé à toutes ces autres substances illicites baignant déjà dans son sang. Elle désire juste oublier, oublier cette journée où tous l'ont attirée un peu plus vers le fond. Tirer un trait sur son quotidien l'espace de quelques verres et se laisser aller auprès de ce garçon dont elle ignore presque tout. Il la dévisage, ahuri par une telle descente, avant de faire signe au serveur.

-« Mademoiselle désirerait-elle se saouler ? »
-« Mademoiselle voudrait juste oublier. »
-« Prétendrais tu être malheureuse ? »
-« Je n'affirme pas être heureuse. »
-« Tu ne réponds jamais vraiment aux questions que l'on te pose... »
-« Cela dépend. Si tu me proposes un second verre de vodka, je te répondrai sans tourner autour du pot. »


Il acquiesce alors que le serveur accourt déjà pour remplir son verre à ras bords, lui fournissant au passage son aller simple pour la dépravation. Et elle boit, encore et encore ; envoyant au diable les recommandations de son manager. Elle envoie se faire foutre cette pseudo image de jeune fille star épanouie et bien dans sa peau, à la place le naturel revient au galop si bien que rapidement les larmes lui montent aux yeux. Elles menacent de couler alors que son regard se plonge dans celui du bassiste. Lui est sobre, du moins comparé à Angie. Elle, n'est plus qu'une épave ; un corps imbibé d'alcool. Il la saisit par la taille et l'entraine à l'écart de toute cette agitation étouffante. Elle se laisse trainer, bien trop ivre que pour mettre un pied devant l'autre. Mais elle rit, aux éclats. Pour panser ses blessures, apaiser ses maux. Le rire est l'anesthésie du c½ur, et comme le dit le célèbre diction : 'Mieux vaut en rire qu'en pleurer. ' Alors elle rit, même si l'envie n'y est pas.

Il l'appuie contre un mur au fond de la salle mais elle s'effondre, son corps pèse si lourd ce soir... Tout cela pèse des tonnes pour Angie ! Personne pour l'aider, nul ne se préoccupe du fardeau qui l'accable, non ils sont bien trop égocentriques. Ils la pensent forte Angie, mais elle n'est qu'une adolescente. Car derrière ce maquillage prononcé et cette attitude provocante se cache une jeune fille apeurée par le monde dans lequel elle évolue. Mais il ne soupçonne pas le tiers du quart du secret de cette jeune fille devant lui, au sol. Au fond, dans les abysses. Tellement loin des étoiles qu'ils lui avaient promises. Non, il ignore encore tout de son malheur déguisé en supercherie médiatique. Elle renifle sans grâce et tire sa main afin qu'il s'accroupisse.

-« Pourquoi vous me considérez toujours avec condescendance ?! » Son est détaché, lointain. Elle butte contre les mots et empeste l'alcool, mais il se rapproche. Il se tait et écoute.
-« C'est vrai ça ! Pourquoi vous me prenez tous pour une trainée, juste bonne à foirer ses concerts et à faire couler son groupe ?! Qu'elle a créé, précisons. Je suis fatiguée... épuisée. J'ai mal, partout. A la tête, au ventre, aux bras, aux jambes, au c½ur, au corps. Partout, j'ai mal partout. Et ces vêtements... -elle éclate de rire, sa tête heurtant le mur- ces vêtements, ils m'enserrent. Je peine à respirer dedans, le mensonge m'étouffe ! Quelle ironie tu ne trouves pas... Comment tu t'appelles déjà ? Ah oui Georg ! Tu ne trouves pas ca marrant toi, être enfermé à ce point dans un rôle fabriqué de toutes pièces qu'on ne parvient plus à s'en échapper... - elle frotte violemment le maquillage sur sa peau, jusqu'à s'en arracher la peau- Quel comble, et j'a signé pour ça ! Je pense que j'ai trop bu, et pris trop de coke aussi. Peut-être, sûrement. Je ne me souviens plus. Et qu'est-ce qu'ils attendent tous de moi ?! Tu le sais toi ? Si oui, dis le moi. Que j'écrive et compose ce foutu album toute seule peut-être... Alors que cela fait des mois que mon cahier reste vide de textes... Et il s'estime malin ton, ta... -elle fronce les sourcils, une larme roule sur sa joue pour venir se poser au creux de son cou- Bill là ! A me juger du haut de ses quinze centimètres de plus que moi ! Il se trouve amusant avec ses sous-entendus ? Mais il ne me connait pas ! Et qui es-tu ?! Pourquoi est-ce que je te raconte tout cela, tu vas tout aller répéter aux journalistes qui vont se faire un plaisir de blasphémer à mon propos ! Angie la pute de service, la bonne à rien. Angie, le déchet des Hell's way. Tu... vas-t-en... »

Sa respiration se brusque, beaucoup trop. Elle frôle la crise de nerfs, ce bustier rouge empêchant son souffle de se régulariser. Les larmes brouillent sa vue si bien qu'elle ne distingue plus le jeune homme qui se tient face à elle. Elle n'entrevoit pas son expression désolée et son sourire d'excuses. S'excuser du silence alors qu'il souhaite lui offrir le soutient.

________Mais que dire ? Où ne pas dire ?

-« C'est lui qui m'a ordonné de porter ces vêtements... Comme mon talent semble être réduit à néant, je dois attirer la convoitise charnelle... L'apparence, rien que ça. Réduite à une vulgaire poupée. C'est d'un pathétique. »

Il voudrait répliquer, lui murmurer qu'il n'est jamais trop tard mais une voix grave retentit derrière eux. Elle relève brusquement la tête, essuyant rapidement les sillons de larmes sur ses joues, et se redresse. Elle est face à Georg, leur corps étant désormais si proches que cela porte à confusion. Il n'a pas le temps de réagir que déjà un jeune homme se tient à leur gauche, et les dévisagent avant que son regard se fonde sur elle. Un faible sourire s'étire sur ses lèvres.

-« Je vous dérange peut-être ? » Désarçonné par une telle remarque il s'écarte.
-« On discutait. »
-« Ouais, elle apprécie le langage corporel. N'est-ce-pas Angie ? »
Mais elle ne répond pas, elle fixe le sol sans ciller.
-« Et bien mon ange, on est complètement défoncée ? » Son ton pue l'ironie et la condescendance, comme elle le lui a décrit. Elle bégaye, cherchant à se justifier mais il l'interrompt .
-« Défoncée et bourrée, tu as fait fort ce soir. »

Il adresse un clin d'½il au bassiste avant d'empoigner la main d'Angie. Se sentant indésiré, Georg fait volte face et se fond dans la masse informe de stars en transe. Il jette cependant un dernier coup d'½il à Angie et au mystérieux inconnu pour les apercevoir collés l'un à l'autre, leurs corps savamment entremêlés, souffles et respirations confondus en train de s'embrasser avec fougue. Les mains ballantes le long du corps elle semble subir les envies de ce jeune homme, comme un pantin. Ses bras tremblent légèrement alors qu'il l'entraine vers l'extérieur, mais il ne bouge pas. Il les observe quitter la salle et disparaitre dans l'obscurité, comme deux ombres. Avalés par la nuit. Voilà son histoire, elle a été aspirée par le néant.

________Qui est-il? Le diable en personne...

Il hausse les sourcils, dépassé, et part rejoindre ses acolytes dans le carré Vip réservé à leur effigie. Il s'affale négligemment dans un des fauteuils et sourit au jeune homme en face de lui. Ce dernier lui rend son sourire avant de balader son regard sur l'assemblée. Il soupire, las et reporte son attention sur Georg.

-« Tu m'avais l'air en bien bonne compagnie. »
-« Mieux que toi visiblement »
-« Qui était cette charmante jeune fille ? »


Il souhaite répondre mais un jeune homme androgyne aux courbes filiformes s'immiscent dans la conversation sans crier gare, lui ôtant les mots de la bouche.

-« Angie, chanteuse et auteur du groupe Hell's Way. Droguée, camée, shootée et mal baisée. Une vraie trainée parait-il. » Un sourire pervers se dessine sur les lèvres de son double, déjà affamé.
-« Et quoi Georg tu comptes bientôt nous la présenter ? »
-« Penses-tu, il veut d'abord la tester. Tu nous diras si elle en vaut la peine hein ? »


Silence. Il ignore les propos du chanteur et de son jumeau, bien trop occupé à fixer la porte que notre Angie a franchie quelques minutes auparavant. Il se remémore ses paroles, ses yeux larmoyants et ses gestes désemparés. Il se souvient à quel point elle était belle, malgré les trainés de mascara le long de ses joues. Trainées. En fait-elle partie ?

-« Vous ne la connaissez pas. » Deux paires d'yeux noisettes se posent instantanément sur lui. Ils le regardent, interloqués.
-« Toi si peut-être? Aux dernières nouvelles non... »

Pour toute réponse il leur offre à nouveau son silence. Les deux frères ne comprennent pas la réaction de leur ami, pourquoi donc accorde-t-il tant d'importance à ...ça ? Il soupire.

-« Non, je ne la connais pas... » Tom éclate de rire, soulagé.
-« Alors pourquoi donc tu te prends la tête pour cette fille ? Allez mon vieux, bois un peu de champagne ! »

Machinalement il saisit le verre que lui tend Tom, le porte à ses lèvres et boit. Mais son esprit est ailleurs, aux côtés de cet ange sombre venu ponctué sa soirée de son sourire désabusé.

Trainée. Désabusée. Abusée.



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Alors... Par où commencer? Les excuses peut-être. Excuses d'un chapitre qui a tardé à être écrit. Quatre mois, j'avoue c'est long. Mais la vie est un tourbillon et j'ai été aspiré dedans. Que d'évènements dans ma vie depuis ce mois de janvier... Une pièce de théâtre à préparer, une chanson a apprendre, des textes à retenir. Un voyage en Grèce. Et le coeur qui passe par tous les sentiments possibles et imaginables :) Joie, peine, tristesse, bonheur, déception, rancoeur, questionnement, extase, plénitude. Amour.
Alors voilà... Certains comprendront, d'autres pas. J'ai écrit pendant ces quatre mois, mais l'histoire de notre Angie ne m'inspirait plus. Peut-être parce que j'étais trop heureuse que pour écrire la déchéance. Maintenant, rassurez-vous je risque d'être inspirée :)

Pas beaucoup de nouveautés dans ce troisième chapitre. Les faiblesses d'Angie un peu mieux dévoilées, l'hisoire des Hell's Way mise à jour. Présentation de son manager, Dan. Ainsi que de ses musiciens et autrefois amis Dylan, Aaron et Mathias. Les Tokio Hotel qui entrent lentement mais sûrement... Sales gamins n'est ce pas?
Et lui. Ce lui dont vous ne savez encore rien. Le diable en personne, croyez-moi. Il a tout d'un ange :)

Je ne m'attends pas à avoir beaucoup de commentaires... Et je l'ai mérité. Je m'excuse encore, sincèrement. Et pour ceux qui sont restés, merci <3

C*

# Posté le jeudi 21 mai 2009 13:09

Modifié le jeudi 21 mai 2009 14:40