" Shaking their ass like they just don't care. Bitches. "
__________Elle marche, ses talons claquent contre le macadam brûlant de ce mois de juillet. Elle se faufile entre les passants, évitant de bousculer les vieillards ou de renverser les enfants. Furtivement ses yeux se posent sur sa montre, lui rappelant un peu plus son retard. Elle presse le pas puis se résigne, à quoi bon... Les mots qu'il emploiera pour la remettre à sa place seront, eux identiques. Qu'elle arrive cinq petites minutes ou deux heures en retard. Un sourire triste s'étire sur ses lèvres à cette pensée. Certains l'observent discrètement, oui il se demandent probablement si cette jeune fille au coin de la rue est bel et bien la chanteuse du groupe phénomène faisant la une des magazines... Et bien oui, monsieur madame ou encore mademoiselle, il s'agit bien d'Angie. Mais vous ne pourriez la reconnaitre car l'image que vous en avez est à ce point surfaite et faussée. Avec ce jeans légèrement trop large pour ses jambes, ce pull noir déformé et ces cheveux en bataille virevoltant au vent, non, vous vous y méprendriez...
Elle poursuit sa route, fixant le sol pour ne pas croiser leurs regards dubitatifs. Elle voudrait changer de peau certains jours, se fondre dans la masse et respirer l'air sans avoir trop peur de relever la tête mais non, elle est Angie. Et il faudra bien qu'elle s'y fasse, un jour.
Elle s'engouffre à l'intérieur du bâtiment face à elle, et longe les murs comme pour s'y fondre et disparaitre temporairement, le temps que la tempête passe. Car elle sait que les minutes à venir s'annoncent orageuses. Elle prie silencieusement pour que le temps s'arrête, que surgisse entre ses mains une télécommande lui permettant d'appuyer sur la touche pause mais rien n'y fait, elle pose ses doigts sur le métal glacé de la clinche et ouvre la porte du studio... La réaction est immédiate, les mots sont à ce point violents qu'elle pourrait presque jurer les entendre siffler au creux de son oreille.
-« C'est à cette heure-ci que tu arrives ? »
-« La politesse souhaite que l'on commence par bonjour Dan. »
-« Je me contrefous des politesses, tu as deux heures de retard. »
-« Et quelle excuse vas-tu nous servir aujourd'hui ? Réveil cassé ? Trop bu ? Trop fumé ? Trop défoncée peut-être ?! » Elle ricane, s'appuie contre le mur et le toise.
-« Mon corps a simplement oublié de se réveiller. Car je suis fatiguée... » Ce dernier mot, prononcé avec lassitude, résonne dans la pièce. Il n'y prête pas attention, seule la rentabilité l'intéresse, dans le fond.
-« Et moi je suis fatigué de tes caprices de star que tu n'es pas ! Alors tu m'écoutes attentivement, cet album je l'exige prêt et bouclé pour fin août ! Sinon tu peux dire adieux aux strass et paillettes, je te renvoie vite fait dans ta bourgade ! Tu m'as compris Angie, arrête de jouer et travaille ! »
Il est furieux. Il lui balance ces invectives à la gueule avant de quitter le studio, en prenant soin de claquer la porte pour renforcer la puissance de ses paroles. Elle feint la supériorité et la décontraction, ce masque lui colle à ce point à la peau qu'elle s'en accoutume à présent. Elle salue les quelques personnes présentes et prend place sur une des nombreuses chaises encerclant la table. Le silence est, malheureusement, de courte durée... Bien vite, tous trois se ruent autour d'elle ; de leur pilier et point de repère. Angie, leader des Hell's way. Ils ne sont que de vulgaires moutons qui suivent la marche et se contentent d'acquiescer quand il faut. Ni plus, ni moins ; rien que ça.
Si elle tient à eux ? Oui, à sa façon. Tout était si différent entre eux quatre, avant. Avant tout ça, cette connerie de succès et de célébrité ayant réduit leur amitié en miettes et propulsé leur petit groupe régional au top mondial. Aujourd'hui ils sont juste apeurés et se reposent tant bien que mal sur les épaules frêles d'Angie, lui brisant quelques os au passage. Elle les observe tour à tour, désolée pour eux. Car son charisme la protège et lui offre un prétendu bouclier contre les charognes du milieu, mais eux... musiciens sans réel talent juste doués à exécuter ces mélodies qu'elle créée de toutes pièces, eux ils sont faibles.
Elle s'étire longuement avant de soupirer.
-« Bien dormi ? »
-« Tu as des textes ? Angie, tu as des textes n'est-ce-pas ? » Aaron, prétendu guitariste, la supplie du regard.
-« Non Aaron. »
-« Mais à quoi tu joues ?! Tu sais que tu mets le groupe en péril ! »
-« Et bien, écris donc Mathias ! Ecris, compose, crée, innove putain ! Fais ce que je me tue à faire depuis deux ans, sois un artiste. Un vrai. » Elle défie le batteur du regard, le fixant sans jamais ciller. Il cède le premier, comme toujours et part se rasseoir.
-« On est dans la merde Angie. Dan est à bout... On a absolument rien, tout juste deux-trois ébauches de textes et des semblants de mélodies. Pas de quoi mixer un album de douze titres, et on doit être impérativement prêt pour fin août sinon... » Il n'ose achever sa phrase alors, comme d'habitude, elle s'en charge.
-« Sinon c'est la porte et le contrat est rompu. »
Aucun d'eux ne dit mot. Qu'ajouter de toute façon ? Car cela ne pourrait être plus claire... Deux mois pour parvenir à l'impossible. Mais elle reste de marbre face à cette situation, tout cela a cessé de l'effrayer il y a déjà si longtemps. Alors elle se lève avec nonchalance et se dirige vers la porte, fuyant comme elle seule sait si bien le faire. Car son masque est réversible, lui permettant de simuler l'indifférence ou de feindre la confiance, selon. Ils l'observent se défiler, habitués et impuissants. Elle sent leurs yeux brûlants se poser sur elle mais choisit d'en faire abstraction, à la place elle se précipite hors du bâtiment. Elle court, elle court pour échapper à son quotidien qui la rattrape cependant.
________Tu es piégée Angie.
__________Ne cherche pas d'issue, contente toi d'avancer et d'esquiver les obstacles du mieux que tu peux.
Elle se laisse glisser contre le mur de briques, blessant légèrement son dos au passage. Ses membres percutent le béton dans un bruit sourd, elle étend les jambes loin devant elle, s'amusant des plis difformes que prennent son pantalon. Elle plonge sa main dans sa poche de devant et fouille afin d'en extraire son paquet de cigarettes. Un briquet et déjà elle allume sa cinquième de la journée... Elle aspire longuement et s'amuse de la fumée se dissipant dans l'atmosphère, libre comme l'air. Elle s'extasie de ce phénomène de longues minutes, oubliant ses innombrables tracas l'espace d'un instant lorsque des bruits de pas se font entendre non loin d'elle. Tout près, juste à côté. Elle lève les yeux pour rencontrer ce regard si particulier, Dylan. Un faible sourire se dessine sur ses lèvres et déjà il prend place à ses côtés. Le silence perdure, si bien qu'il en devient oppressant. Elle étouffe, elle a besoin d'entendre sa voix pour se raccrocher à un semblant de réalité...
-« Je t'en supplie, dis quelque chose... » Sa voix n'est qu'un faible murmure, l'angoisse lui obstruant les cordes vocales.
-« Mais quoi ? Je suis conscient que cela n'est pas entièrement de ta faute, excuse-les, mais je ne te cacherai pas qu'on se trouve dans une situation inconfortable. »
-« Pas entièrement, cela signifie que j'ai quand même une part de responsabilité dans cette merde... »
-« Je ne vais pas prétendre le contraire Angie, cela fait des mois que tu n'as plus écrit aucun texte. »
-« J'y arrive plus Dylan. Les mots mes font défaut, c'est comme si j'avais perdu toutes mes facultés d'écriture... » Sa voix se brise, elle retient un sanglot et détourne le visage afin qu'il ne s'aperçoive de son mal être. Sauver les apparences, en dépit du reste.
-« Je ne vais certainement pas te blâmer, nous nous sentons tous les trois plus inutiles qu'autre chose depuis de nombreux mois... »
-« Qu'est-ce qui nous est arrivé ? »
-« Comment ça ? »
-« Mais putain Dylan ce n'est plus nous tout ça ! Cette merde ne nous ressemble pas ! Où sont passés notre amitié, notre dynamisme et notre motivation ? Tu sais ce qui m'empêche d'écrire ? Toutes ces questions, pourquoi ? Comment ? Quand ? Et les réponses m'échappent complètement... »
Le silence reprend ses droits, tous deux sont absorbés par l'agitation de la rue qui les entourent. Ces gens, vivant leur propre vie et qui ignorent tout de leurs problèmes... Problèmes ? Que dis-je, ce mot est bien trop faible. Car comment qualifier une situation où l'on vous menace de tout vous ôter du jour au lendemain ? En l'espace d'une seconde tout ce que vous considériez comme acquis vous est volé sans autre forme de procès... Vous, comment qualifieriez-vous cela ? Elle a beau retourner la question dans tous les sens, à nouveau, la réponse lui échappe. Lui est face à un autre problème, d'envergure différente mais existentiel pour autant... Comment lui avouer ? Comment ne serait-ce qu'oser ? Sa respiration se brusque soudainement, le malaise l'envahit progressivement ; non, il ne peut pas. Cela lui semble à ce point inimaginable qu'elle décide de lui faciliter la tâche, car elle a déjà tout compris.
-« Allez Dylan, dis-le ! » Il sursaute, arraché à ses pensées.
-« Que je te dise quoi ? »
-« Mais ça vous brûle les lèvres à tous les trois, vous vous noyez dans vos reproches si bien que j'ai presque pitié de vous. Alors, sois honnête et soulage toi la conscience, que je serve au moins à quelque chose ! »
-« Mais quoi Angie ? Tu veux que je te raconte la vérité ? Que celle qui nous a foutu dans toute cette merde n'est autre que toi car oui, tu as changé. Je ne te reconnais plus, on ne te reconnait plus ! Où est donc passée notre Angie motivée et enjouée qui vivait de la musique et qui ne se souciait de rien d'autre mis à part l'accomplissement de ses rêves ? Elle est là, la véritable question. Aujourd'hui mis à part te saouler, te droguer et te faire baiser par l'autre crétin, dis-moi quels sont tes objectifs ? Tu n'écris plus rien depuis des mois car cela fait bien longtemps que tu ne songes plus à l'avenir du groupe ! Ce nous n'existe plus à tes yeux, tu es devenue une pauvre égoïste et égocentrique bouffée par le milieu et le pire, c'est que je ne parviens même pas à t'en vouloir. Mais nous Angie, si tout s'arrête on s'en sortira alors que toi... toi ta réputation est salie et détruite. Regarde ce qu'ils ont fait de toi, une vulgaire poupée. Et ce me fait tellement mal de te voir dans cet état, si tu savais... »
Un éclat de rire résonne dans la ville. Il est nerveux, saccadé ; violent. Elle rit à s'en déchirer les poumons, elle rit pour dissimuler la blessure qu'il vient de lui affliger par ces simples paroles. Elle rit pour ne pas verser de larmes. Elle rit pour se convaincre que tout cela ne la blesse aucunement. Elle rit car son personnage lui ordonne de rire, alors qu'au fond elle hurle de douleur. Il n'y a que la vérité qui blesse, Angie...
Elle se lève et se campe devant lui, profitant de sa supériorité momentanée pour le dévisager avec toute la condescendance dont elle peut faire preuve. Un rictus s'étire sur ses lèvres, elle s'apprête à tourner les talons puis se ravise.
-« Dans ce cas, Angie va retourner chez elle afin de s'habiller, se maquiller et se coiffer car ce soir elle doit être présente à une cérémonie d'after show pour sauver l'image de ce groupe qu'elle a elle-même coulé. Bien évidemment elle se prendra un petit rail de coke pour que la présence de tous ces connards du show-business lui soit moins insupportable et elle terminera la soirée à se faire baiser comme une chienne par ce mec qu'elle aime pour oublier à quel point la journée a pu être décevante. Mais cette nuit, j'aurai une pensée pour vous, bien au chaud dans votre lit a prier pour que super Angie ramène des textes le lendemain ! Le succès ça se mérite ! Tu veux du succès Dylan et bien devient une pute ! Tu verras... on s'habitue très rapidement à la simulation... »
Et sur ces dernières paroles elle fait volte face et se noie dans la masse, disparaissant en moins de temps qu'il ne faut pour le dire, et le laisse seul avec pour seule compagnie l'écho de ces phrases assassines. Il soupire, las et découragé alors qu'elle soupire pour évacuer toute sa rage contre lui, contre eux, et contre sa propre personne. Il secoue nerveusement la tête, afin d'y voir plus claire, alors qu'elle secoue la tête afin de chasser ce souvenir qui envahit progressivement son esprit : celui d'un petit groupe à ses débuts, chantant au fond d'une cave et croyant dur comme fer à cet avenir brillant déjà tracé... Cupidité destructrice, elle essuie d'un geste rageur les larmes qui perlent à ses yeux et presse le pas. Bientôt, elle court à travers les rues de Berlin, comme dans l'espoir de semer ce passé qui la rattrape, cette échéance bien trop proche dans le futur. Tous deux se confondent horriblement avec le présent, alors elle court. S'il vous plait, ne lui dites pas que cela ne sert à rien, laissez la y croire l'espace de quelques minutes... Le présent revient toujours au galop, de toute façon, alors laissez la courir. Cours, Angie ! Plus vite, encore et toujours plus vite ! Jusqu'à en perdre la faculté de respirer s'il le faut... Mais cours, quoi qu'il arrive.
Ellipse de huit heures, 22heures.
La musique résonne tout autour d'elle, elle perçoit chacune de ses vibrations contre sa peau dénudée. Des centaines de personnes se déchainent sur la piste de danse, se déhanchent et s'agglutinent les uns près des autres dans un corps à corps assez étroit tandis qu'elle les observe avec un profond dégoût. Elle ne se mêle pas à eux, jamais. Calfeutrée dans son espace Vip, elle préfère apprécier la soirée de son sofa. Ou du moins, faire semblant car toute cette mascarade l'énerve tellement. Machinalement elle porte le verre de champagne à ses lèvres et boit avec cette grâce qui fait d'elle une véritable princesse aux yeux de tous, petite poupée que l'on adule mais que l'on critique dès qu'elle a le dos tourné.
Car la poupée s'est abimée, et ils jouissent de sa déchéance ; ses remplaçantes accourent déjà pour lui voler son trône, vous les entendez ? Rire avec méchanceté de ce mal qui la ronge ? Elle n'y prête plus attention.
L'homme lui faisant face se racle la gorge, bien trop conscient de sa transparence face à Angie, elle occulte sa présence et le laisse parler dans le vide depuis bientôt dix minutes. Elle tourne enfin la tête vers lui et lui adresse un regard blasé, que fait-il là ? Pourquoi donc ne lui foutons nous pas la paix ! Son regard parcourt la pièce, à la recherche d'une prétendue excuse pour s'échapper, lorsqu'il se pose sur un jeune homme en pleine discussion avec une femme aux cheveux noirs corbeaux. Ce jeune homme. Un large sourire satisfait s'étire sur ses lèvres alors qu'elle marche à pas pressés dans sa direction. Plusieurs sifflements admiratifs lui parviennent, mais elle n'y prête pas attention. Il faut avouer qu'elle est belle Angie cette nuit, peut-être même plus que toutes les nuits précédentes. Et cela n'échappe pas au jeune homme vers qui elle se dirige, car sans même s'en rendre compte il fixe cet ange sombre, comme s'il était ébloui par le charisme que dégage Angie. Cela n'échappe pas à son interlocuteur, si bien qu'il se retourne afin de, lui aussi, se délecter de la beauté de la créature avançant dans leur direction. Il hausse les sourcils, impressionné et laisse échapper un rictus ; oui, elle est enviable n'est-ce-pas ?
Ils ne perçoivent cependant pas son mouvement de recul, bien trop absorbés dans leur contemplation. Elle dévisage l'androgyne, l'analysant dans les moindres détails, essayant de savoir s'il est davantage homme ou femme. Mais lui, la reconnait directement. Il sait tout de elle et de cette réputation qui lui colle à la peau, et il compte s'en amuser. Car cette soirée est à ce point minable qu'elle tombe au bon moment pour s'amuser un tant soit peu.
Elle les rejoint finalement et sourit sincèrement au bassiste se tenant devant elle, ignorant ainsi le regard appuyé du garçon à sa droite. Elle perçoit chacune de ses remarques silencieuses, il pense si fort qu'elle a l'impression d'être assourdie par cet amas de questions. Mais elle lutte, elle refuse de se laisser impressionner par cette graine de star ! Elle fronce les sourcils et concentre son attention sur tout ce qui l'entoure, tout sauf lui et ses sous-entendus blessants et grotesques. L'ambiance est glaciale, cet affront silencieux dure. Un sourire méprisant se dessine sur les lèvres de l'androgyne, car ce jeux l'amuse plus que tout. Il la fixe sans bouger et attend qu'elle craque, comme un compte à rebours muet ; elle n'en a plus pour très longtemps.
Et elle cède, là tout de suite. Elle tourne violemment la tête et affronte enfin son regard mesquin.
-« Hell's way. »
-« Je sais. Comment l'ignorer en même temps ? »
Et par cette simple remarque, il l'achève. Il touche au but et la démolit un peu plus, comme ils le font tous depuis ce fameux jour où tout a définitivement basculé. Son c½ur s'affole, en une simple phrase il est parvenu à mettre en pièces ces barricades qu'elle avait dressé avec tant de difficultés. Mais elle ne laisse pas tomber le masque pour autant, elle lui renvoie ses sarcasmes en pleine gueule et réplique avec assurance.
-« Nous sommes à ce point talentueux ? »
-« Si tu estimes que la baise est un talent, alors oui. »
Elle voudrait le remettre à sa place mais n'y parvient pas. Une boule se forme déjà au fond de sa gorge à mesure que les larmes envahissent ses yeux bleus. Elle tourne les talons et se précipite vers le bar, pour s'affaler sur un tabouret. Elle laisse tomber sa tête entre ses mains afin de reprendre un tant soit peu de contenance. Sa respiration est à ce point saccadée qu'elle peine à respirer, l'oxygène butte contre ses poumons ; elle a mal. Aussi bien physiquement que mentalement.
-« Deux vodkas s'il vous plait. »
Elle sursaute et se retourne pour rencontrer deux yeux verts, témoignant d'une compassion qu'elle exècre. Elle lui signale son refus d'un geste désinvolte et s'apprête à partir lorsqu'il la retient par le bras.
-« Ne fais pas attention à Bill, il est de mauvaise humeur ce soir... »
-« Je me contrefous éperdument de Bill. Ce n'est pas un petit merdeux dans son genre qui va m'atteindre. »
-« Dans ce cas. Hell's way donc, ta tête ne m'était donc pas inconnue l'autre soir... »
-« J'aime faire durer le suspense. »
-« Il me semble oui. Tu es donc... Angie ? »
-« Je vois que tu es bien renseigné. »
Le serveur met fin à leur conversation en déposant deux verres sous leur nez, elle empoigne le sien et aphone son contenu amère, se foutant royalement de l'effet néfaste qu'aura cet alcool mélangé à toutes ces autres substances illicites baignant déjà dans son sang. Elle désire juste oublier, oublier cette journée où tous l'ont attirée un peu plus vers le fond. Tirer un trait sur son quotidien l'espace de quelques verres et se laisser aller auprès de ce garçon dont elle ignore presque tout. Il la dévisage, ahuri par une telle descente, avant de faire signe au serveur.
-« Mademoiselle désirerait-elle se saouler ? »
-« Mademoiselle voudrait juste oublier. »
-« Prétendrais tu être malheureuse ? »
-« Je n'affirme pas être heureuse. »
-« Tu ne réponds jamais vraiment aux questions que l'on te pose... »
-« Cela dépend. Si tu me proposes un second verre de vodka, je te répondrai sans tourner autour du pot. »
Il acquiesce alors que le serveur accourt déjà pour remplir son verre à ras bords, lui fournissant au passage son aller simple pour la dépravation. Et elle boit, encore et encore ; envoyant au diable les recommandations de son manager. Elle envoie se faire foutre cette pseudo image de jeune fille star épanouie et bien dans sa peau, à la place le naturel revient au galop si bien que rapidement les larmes lui montent aux yeux. Elles menacent de couler alors que son regard se plonge dans celui du bassiste. Lui est sobre, du moins comparé à Angie. Elle, n'est plus qu'une épave ; un corps imbibé d'alcool. Il la saisit par la taille et l'entraine à l'écart de toute cette agitation étouffante. Elle se laisse trainer, bien trop ivre que pour mettre un pied devant l'autre. Mais elle rit, aux éclats. Pour panser ses blessures, apaiser ses maux. Le rire est l'anesthésie du c½ur, et comme le dit le célèbre diction : 'Mieux vaut en rire qu'en pleurer. ' Alors elle rit, même si l'envie n'y est pas.
Il l'appuie contre un mur au fond de la salle mais elle s'effondre, son corps pèse si lourd ce soir... Tout cela pèse des tonnes pour Angie ! Personne pour l'aider, nul ne se préoccupe du fardeau qui l'accable, non ils sont bien trop égocentriques. Ils la pensent forte Angie, mais elle n'est qu'une adolescente. Car derrière ce maquillage prononcé et cette attitude provocante se cache une jeune fille apeurée par le monde dans lequel elle évolue. Mais il ne soupçonne pas le tiers du quart du secret de cette jeune fille devant lui, au sol. Au fond, dans les abysses. Tellement loin des étoiles qu'ils lui avaient promises. Non, il ignore encore tout de son malheur déguisé en supercherie médiatique. Elle renifle sans grâce et tire sa main afin qu'il s'accroupisse.
-« Pourquoi vous me considérez toujours avec condescendance ?! » Son est détaché, lointain. Elle butte contre les mots et empeste l'alcool, mais il se rapproche. Il se tait et écoute.
-« C'est vrai ça ! Pourquoi vous me prenez tous pour une trainée, juste bonne à foirer ses concerts et à faire couler son groupe ?! Qu'elle a créé, précisons. Je suis fatiguée... épuisée. J'ai mal, partout. A la tête, au ventre, aux bras, aux jambes, au c½ur, au corps. Partout, j'ai mal partout. Et ces vêtements... -elle éclate de rire, sa tête heurtant le mur- ces vêtements, ils m'enserrent. Je peine à respirer dedans, le mensonge m'étouffe ! Quelle ironie tu ne trouves pas... Comment tu t'appelles déjà ? Ah oui Georg ! Tu ne trouves pas ca marrant toi, être enfermé à ce point dans un rôle fabriqué de toutes pièces qu'on ne parvient plus à s'en échapper... - elle frotte violemment le maquillage sur sa peau, jusqu'à s'en arracher la peau- Quel comble, et j'a signé pour ça ! Je pense que j'ai trop bu, et pris trop de coke aussi. Peut-être, sûrement. Je ne me souviens plus. Et qu'est-ce qu'ils attendent tous de moi ?! Tu le sais toi ? Si oui, dis le moi. Que j'écrive et compose ce foutu album toute seule peut-être... Alors que cela fait des mois que mon cahier reste vide de textes... Et il s'estime malin ton, ta... -elle fronce les sourcils, une larme roule sur sa joue pour venir se poser au creux de son cou- Bill là ! A me juger du haut de ses quinze centimètres de plus que moi ! Il se trouve amusant avec ses sous-entendus ? Mais il ne me connait pas ! Et qui es-tu ?! Pourquoi est-ce que je te raconte tout cela, tu vas tout aller répéter aux journalistes qui vont se faire un plaisir de blasphémer à mon propos ! Angie la pute de service, la bonne à rien. Angie, le déchet des Hell's way. Tu... vas-t-en... »
Sa respiration se brusque, beaucoup trop. Elle frôle la crise de nerfs, ce bustier rouge empêchant son souffle de se régulariser. Les larmes brouillent sa vue si bien qu'elle ne distingue plus le jeune homme qui se tient face à elle. Elle n'entrevoit pas son expression désolée et son sourire d'excuses. S'excuser du silence alors qu'il souhaite lui offrir le soutient.
________Mais que dire ? Où ne pas dire ?
-« C'est lui qui m'a ordonné de porter ces vêtements... Comme mon talent semble être réduit à néant, je dois attirer la convoitise charnelle... L'apparence, rien que ça. Réduite à une vulgaire poupée. C'est d'un pathétique. »
Il voudrait répliquer, lui murmurer qu'il n'est jamais trop tard mais une voix grave retentit derrière eux. Elle relève brusquement la tête, essuyant rapidement les sillons de larmes sur ses joues, et se redresse. Elle est face à Georg, leur corps étant désormais si proches que cela porte à confusion. Il n'a pas le temps de réagir que déjà un jeune homme se tient à leur gauche, et les dévisagent avant que son regard se fonde sur elle. Un faible sourire s'étire sur ses lèvres.
-« Je vous dérange peut-être ? » Désarçonné par une telle remarque il s'écarte.
-« On discutait. »
-« Ouais, elle apprécie le langage corporel. N'est-ce-pas Angie ? » Mais elle ne répond pas, elle fixe le sol sans ciller.
-« Et bien mon ange, on est complètement défoncée ? » Son ton pue l'ironie et la condescendance, comme elle le lui a décrit. Elle bégaye, cherchant à se justifier mais il l'interrompt .
-« Défoncée et bourrée, tu as fait fort ce soir. »
Il adresse un clin d'½il au bassiste avant d'empoigner la main d'Angie. Se sentant indésiré, Georg fait volte face et se fond dans la masse informe de stars en transe. Il jette cependant un dernier coup d'½il à Angie et au mystérieux inconnu pour les apercevoir collés l'un à l'autre, leurs corps savamment entremêlés, souffles et respirations confondus en train de s'embrasser avec fougue. Les mains ballantes le long du corps elle semble subir les envies de ce jeune homme, comme un pantin. Ses bras tremblent légèrement alors qu'il l'entraine vers l'extérieur, mais il ne bouge pas. Il les observe quitter la salle et disparaitre dans l'obscurité, comme deux ombres. Avalés par la nuit. Voilà son histoire, elle a été aspirée par le néant.
________Qui est-il? Le diable en personne...
Il hausse les sourcils, dépassé, et part rejoindre ses acolytes dans le carré Vip réservé à leur effigie. Il s'affale négligemment dans un des fauteuils et sourit au jeune homme en face de lui. Ce dernier lui rend son sourire avant de balader son regard sur l'assemblée. Il soupire, las et reporte son attention sur Georg.
-« Tu m'avais l'air en bien bonne compagnie. »
-« Mieux que toi visiblement »
-« Qui était cette charmante jeune fille ? »
Il souhaite répondre mais un jeune homme androgyne aux courbes filiformes s'immiscent dans la conversation sans crier gare, lui ôtant les mots de la bouche.
-« Angie, chanteuse et auteur du groupe Hell's Way. Droguée, camée, shootée et mal baisée. Une vraie trainée parait-il. » Un sourire pervers se dessine sur les lèvres de son double, déjà affamé.
-« Et quoi Georg tu comptes bientôt nous la présenter ? »
-« Penses-tu, il veut d'abord la tester. Tu nous diras si elle en vaut la peine hein ? »
Silence. Il ignore les propos du chanteur et de son jumeau, bien trop occupé à fixer la porte que notre Angie a franchie quelques minutes auparavant. Il se remémore ses paroles, ses yeux larmoyants et ses gestes désemparés. Il se souvient à quel point elle était belle, malgré les trainés de mascara le long de ses joues. Trainées. En fait-elle partie ?
-« Vous ne la connaissez pas. » Deux paires d'yeux noisettes se posent instantanément sur lui. Ils le regardent, interloqués.
-« Toi si peut-être? Aux dernières nouvelles non... »
Pour toute réponse il leur offre à nouveau son silence. Les deux frères ne comprennent pas la réaction de leur ami, pourquoi donc accorde-t-il tant d'importance à ...ça ? Il soupire.
-« Non, je ne la connais pas... » Tom éclate de rire, soulagé.
-« Alors pourquoi donc tu te prends la tête pour cette fille ? Allez mon vieux, bois un peu de champagne ! »
Machinalement il saisit le verre que lui tend Tom, le porte à ses lèvres et boit. Mais son esprit est ailleurs, aux côtés de cet ange sombre venu ponctué sa soirée de son sourire désabusé.
Trainée. Désabusée. Abusée.
_________________________
Alors... Par où commencer? Les excuses peut-être. Excuses d'un chapitre qui a tardé à être écrit. Quatre mois, j'avoue c'est long. Mais la vie est un tourbillon et j'ai été aspiré dedans. Que d'évènements dans ma vie depuis ce mois de janvier... Une pièce de théâtre à préparer, une chanson a apprendre, des textes à retenir. Un voyage en Grèce. Et le coeur qui passe par tous les sentiments possibles et imaginables :) Joie, peine, tristesse, bonheur, déception, rancoeur, questionnement, extase, plénitude. Amour.
Alors voilà... Certains comprendront, d'autres pas. J'ai écrit pendant ces quatre mois, mais l'histoire de notre Angie ne m'inspirait plus. Peut-être parce que j'étais trop heureuse que pour écrire la déchéance. Maintenant, rassurez-vous je risque d'être inspirée :)
Pas beaucoup de nouveautés dans ce troisième chapitre. Les faiblesses d'Angie un peu mieux dévoilées, l'hisoire des Hell's Way mise à jour. Présentation de son manager, Dan. Ainsi que de ses musiciens et autrefois amis Dylan, Aaron et Mathias. Les Tokio Hotel qui entrent lentement mais sûrement... Sales gamins n'est ce pas?
Et lui. Ce lui dont vous ne savez encore rien. Le diable en personne, croyez-moi. Il a tout d'un ange :)
Je ne m'attends pas à avoir beaucoup de commentaires... Et je l'ai mérité. Je m'excuse encore, sincèrement. Et pour ceux qui sont restés, merci <3
C*